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Voici un chapitre de l'ouvrage "Théodore Laurent" qui fut édité à 2500 exemplaires et dont le maître
d'oeuvre fut Jacques Saint Germain. Il s'agit d'un passage consacré à l'usine du Boucau.
Chapître : Le Boucau
"Au début de la première Guerre mondiale, lorsqu'il dut assumer la tâche écrasante d'animer l'effort de guerre des Aciéries de la Marine, le Président se reposa sur M. Claudius Magnin, alors
Vice-Président de la Compagnie, du soin d'apporter aux Usines du Boucau une impulsion parallèle. M. Magnin fut prématurément enlevé en Décembre 1916, et Théodore Laurent tint à saluer en lui,
lors de ses obsèques, "l'homme de bien, le patriote, le grand chef" avec qui, "huit jours auparavant, il étudiait les moyens d'accroître la large contribution à la Défense Nationale de son
Usine du Boucau, qu'il aimait tant, qu'il aimait, ainsi qu'il le répétait parfois, comme son troisième enfant".
La disparition brutale de M. Magnin ajoutait un fardeau de plus sur les épaules de Théodore Laurent : il l'accepta comme il avait accepté les autres, en soulignant à cette occasion qu'en période de guerre, lorsque le Pays est en danger, "la pensée de tous doit être et est de faire, chacun à la place qui lui est assignée, tout son devoir, plus même que son devoir pour la Patrie".
Ainsi donc, Théodore Laurent eut à réaliser seul un projet élaboré depuis plusieurs mois déjà, projet qui devait entraîner, pour l'avenir de l'Usine du Boucau, des conséquences importantes et à longue échéance : il s'agissait d'entreprendre sur place la fabrication au four électrique des fontes synthétiques et des ferro-alliages, dont les besoins pressants de la Défense Nationale réclamaient une production sans cesse accrue. La réalisation technique des nouvelles installations ne préoccupait pas, en elle-même, le Président; mais il n'ignorait pas que leur mise en train demeurait avant tout subordonnée, dans l'immédiat, à l'apport de ressources nouvelles d'énergie électrique, importantes et garanties quant à leur permanence.
Des négociations à cet égard avaient été entreprises au début de l'année 1916; elles aboutirent, en juillet suivant, à la signature d'un contrat prévoyant la fourniture du courant indispensable, pendant vingt années, par la Société Hydroélectrique des Pyrénées, représentée par M. Loucheur.
Ce contrat, dit "de Licq" - du nom de la chute équipée en vue de fournir l'énergie correspondante - constitua pour l'Usine l'assurance de longue durée dont elle avait un besoin vital. Il fut ultérieurement repris par une filiale de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, puis par la S.N.C.F., à sa création.
Malgré les inévitables difficultés, la production de guerre de l'usine du Boucau, de même que celle des usines de la Loire, atteignit un niveau exceptionnellement élevé, en dépit du rationnement imposé aux fournitures de charbon et des dangers croissants du ravitaillement par la voie maritime.
Au cours de l'exercice 1916-1917 notamment, il fut produit plus de 79.000 tonnes de fonte et de 6.600 tonnes de ferro-alliages, grâce à l'exploitation simultanée des quatre hauts fourneaux de l'usine, performance remarquable étant donné son outillage à l'époque. Par ailleurs les fabrications permirent de produire 143.000 tonnes de coke, dont près de 46.000 tonnes purent être livrées à l'Industrie.
Lors de l'exercice suivant, l'usine fabriqua pour la première fois, en plus de ses productions antérieures, 5.900 t. de fontes synthétiques, grâce à son nouvel atelier de fours électriques. Par ailleurs, il put être produit, en 1917-1918, 44.000 t. d'acier, ce qui exigea la solution de difficultés importantes : jusqu'en 1914, en effet, l'aciérie du Boucau avait été essentiellement une aciérie Bessemer, consommant par conséquent de la fonte d'affinage. Mais, une fois les hostilités déclenchées, les besoins de la Défense Nationale exigèrent simultanément la production de fonte de moulage et d'acier : il fallut construire deux fours Martin pour satisfaire à ces nécessités de l'heure.
Pour ceux du front, l'effort de guerre de la Compagnie apparaissait clairement sous forme de ces matériels qui ont fait connaître à tous les artilleurs le nom de Saint-Chamond, symbole de la Compagnie tout entière. Mais s'il était plus anonyme et s'exprimait seulement en tonnes de fonte, de ferros et d'acier, l'effort de production du Boucau était un des éléments nécessaires de l'ensemble.
Lorsque j'entrai aux Aciéries de la Marine, immédiatement après la guerre, la Compagnie amorçait sa reconversion. Ce changement de politique, conséquence normale et heureuse du retour de la paix, fut facilité, en ce qui concerne l'usine du Boucau, par l'orientation nouvelle de ses fabrications au cours des hostilités : ses hauts fourneaux purent sans difficulté développer leur production de fontes hématites de qualité, tandis que le rôle des Bessemer s'estompait graduellement; par ailleurs, les laminoirs poursuivirent leur fabrication de rails durs, lesquels constituaient, on le sait, une des spécialités de l'usine.
Pendant la période de paix précaire séparant les deux guerres mondiales, M. Charpy prit, vis-à-vis du Président Laurent et de M. Daum, Directeur général, la responsabilité technique de l'usine, que la création d'une aciérie électrique et la mise au point d'aciers spéciaux préparèrent à son rôle de la période 1939-1940 : les problèmes posés pendant les hostilités ne furent pas, en ce qui concerne le Boucau, très différents de ceux de la période 1914-1918; les principaux impératifs devinrent à nouveau la rapidité d'exécution et l'accroissement de la production. En deux mois, avant l'armistice de juin 1940, l'usine abordait sur la demande de l'Armement la fabrication de l'acier pour obus anti-chars et réalisait ses premières fournitures.
Quelques jours avant l'armistice, Théodore Laurent, replié à Saint-Chamond avec son état-major de direction, estima nécessaire d'assigner Le Boucau comme point de ralliement des filiales et des Sociétés amies. Le Président effectua à cette occasion un bref séjour sur place, d'abord dans les locaux de la Direction, ensuite au château de Lavielle : sa présence, sitôt qu'elle fut connue, fit de sa forte personnalité un centre d'attraction pour tous ceux qui avaient besoin de conseils ou d'avis pendant ces heures tragiques pour le pays. Il reçut de très nombreuses visites. Pour tous, il était ce qu'il fut jusqu'à sa mort : le "grand Patron".
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